On continue le podcast #Geek For Good ! J’ai traversé l’océan pour rencontrer Edith Bernier à Montréal, afin qu’elle nous parle d’une problématique très actuelle dans le marketing… Edith est la fondatrice du site Grossophobie.ca, conférencière et autrice sur cette thématique de la grossophobie.

Vous avez probablement déjà entendu parler du mouvement Body Positive ? Il s’agit de la représentation de la diversité, et bien de TOUTE la diversité qu’il existe (parce qu’on l’a déjà vu, il y a encore du chemin à faire pour une communication plus inclusive…). Et bien aujourd’hui on va s’intéresser à une partie de ces publics sous ou mal représentés, on va parler d’inclusion des personnes grosses dans le marketing et la communication.

Je voulais son avis d’experte sur la question, est-ce qu’on peut vraiment parler de marketing inclusif et éthique pour les personnes grosses ou est-ce n’est que du curve-washing (qui aurait toute sa place au panthéon des washings en marketing), une illusion d’inclusion ? Réponse tout de suite !

Pour en savoir plus et avoir des conseils concrets, Edith nous dit tout dans la vidéo (et cadeau pour vous, j’ai rajouté des parties coupées au montage dans la transcription écrite !)  ⬇️

Pensez à regarder cette vidéo en basse résolution afin de réduire notre empreinte écologique, c’est l’audio qui compte ici.
Transcription de la vidéo :

La Grossophobie, qu’est ce c’est ? Définition

La grossophobie c’est tout les petits comportements, les agressions, la discrimination, le harcèlement, les jugements, les stéréotypes,… qu’on accole aux personnes grosses.

Que ce soit même parfois par des actions, pas besoin de la dire la grossophobie. On peut l’exprimer sans dire un mot, par un regard, par un dégoût, par une attitude.

L’histoire de la grossophobie

Rapidement, je pense que la religion et la société ont associé traditionnellement des choses très négatives aux corps gros. On parle de luxure, d’envies, de gourmandise, d’excès, de manque de contrôle, d’absence d’abstinence etc… Tout ça, sont des valeurs très peu judéo-chrétienne donc je pense que c’est un beau fond judéo-chrétien qui nous a amené là.

Et maintenant que la religion est moins présente dans nos vies, je pense qu’on prêche tellement le contrôle et la performance, l’atteinte tout le temps d’une perfection (dont la minceur ferait partie, ou du moins l’absence de gain de poids), que là encore tous les astres sont alignés pour continuer à faire perdurer la grossophobie.

Est-ce que « gros » est un gros mot ? La réappropriation du terme

Écoute je pense que c’est une bonne question, parce que je pense qu’il y a beaucoup de gens pour qui c’est encore le cas malheureusement, parce qu’il y a beaucoup beaucoup de charge négative qui vient avec ce mot-là.

J’essaie de relégitimer ce mot-là, un peu comme il y a eu une relégitimisation du mot « Queer » par exemple (ndlr : la communauté LGBTQIA+ 🌈). « Queer » était un super mauvais mot à l’époque, ça voulait dire étrange, saugrenue, bizarre,… Puis finalement la communauté Queer maintenant brandit ce terme là avec fierté et s’étiquette Queer avec bonheur.
Et même chose avec « Punk » qui était un mot très négatif et qui est maintenant associé à tout un mouvement et qui a moins la charge négative qu’il avait avant.
« Gros » n’est pas rendu là à mes yeux. Moi c’est quand même le mot que j’utilise pour parler de moi, et pour parler des personnes grosses.

Je pense que c’est surtout important de BIEN l’utiliser, c’est à dire de l’utiliser de façon humaine.

Et c’est un des gros contrastes que j’ai entre la France et le Québec !
C’est-à-dire qu’au Québec on encourage beaucoup l’utilisation de « un homme gros / une femme grosse / une personne grosse » et en France on va beaucoup dire « un gros / une grosse »… Même dans les milieux qui sont plus militants, qui sont plus dans l’éducation sur la grossophobie etc.
Et moi ça me fait capoter parce qu’ici au Québec on ne dit pas « un‧e handicapé‧e », on dit « une personne en situation de handicap » ou « une PERSONNE handicapée ». On ne dit plus « une itinérante », on dit « une PERSONNE itinérante » ou « une personne en situation d’itinérance ».

Donc moi j’encourage à utiliser « gros » mais à bien le faire. Parce que juste dire « un gros / une grosse » à mes yeux, c’est un peu problématique parce que ça fait que la personne n’existe que par sa grosseur et qu’elle est ça avant tout. Et c’est justement ce qu’on essaie d’effacer et de changer. C’est à dire qu’on est pas juste une grosseur, on est des humaines et des humains avant tout.

La différence entre « Body Positive » et l’inclusion des personnes grosses

« Body Positive » et « l’inclusion des personnes grosses » sont deux choses différentes. Les personnes grosses ne sont qu’une petite partie du body positive qui inclut les gens de tous les âges, la transidentité, les gens qui ont des maladies visibles, et pleins pleins d’autres personnes… Toutes les personnes qui ne sont pas traditionnellement représentées.

Donc déjà ça, c’est souvent une erreur : La diversité corporelle, c’est beaucoup plus vaste avec tous les différents corps. Il faut bien faire la nuance entre les deux, et de ne pas juste foutre une femme XXL blanche, jolie, parfaite et se dire « Voilà, notre travail body positive est fait ». Non, ce n’est pas ça !

Je sais que c’est beaucoup plus glamour le mot « body positive », mais il faut faire attention de ne pas non plus le dénaturer et en faire ce qu’on veut de ce terme-là. Ce terme « body positive » a une définition qui n’est pas la même que la « fat acceptance », donc l’acceptation des personnes grosses, donc attention à ne pas mélanger les deux.

body positive inclusion

Image d’illustration du site d’Edith Bernier – Grossophobie.ca

La fausse inclusion marketing et le « curve-washing »

En communication et en marketing, une des grosses lacunes je te dirais, en matière d’inclusion des personnes grosses et donc indirectement en matière de grossophobie, c’est la fausse impression d’inclusion.

C’est de dire « on est body positive », alors qu’on n’inclut pas les personnes grosses.
De plus j’ajouterais aussi cette fausse inclusion qui dit « On est body positive, on arrête à XXLarge », alors que XXLarge, c’est une grandeur à peu près standard, c’est banal comme grandeur !
Ou alors, on va avoir UN modèle qui s’arrête en 4X qui est taillé « unisexe », alors que c’est taillé en réalité de manière très droite donc avec une coupe qui est traditionnellement jugée masculine (du moins une coupe qu’on nous a vendu comme étant représentée comme une coupe masculine).

C’est ça je pense, de voir ça vraiment comme une liste d’épicerie qu’on coche, on fait beaucoup de « tokenization » comme on dit en anglais. On se dit : « Bon, on a au moins un truc en 4XL, j’ai une personne avec un bourrelet, j’ai une personne racialisée, j’ai une personne grosse, j’ai une personne en fauteuil roulant, voilà mon travail est fait ». 

Je pense que souvent c’est traité vraiment comme un devoir plutôt qu’un VRAI désir d’inclusion.
Et je crois que souvent ça transparaît en fait. On n’est pas dupes, on est capable de voir une compagnie, ou un projet, ou une organisation qui désire vraiment être inclusive, versus une qui se dit « Bon on va surfer la vague, on va se donner bonne conscience ».

Ce n’est pas ça en fait l’inclusion des personnes grosses ! Ça nous arrive tellement souvent de se faire vendre cette illusion de l’inclusion, alors qu’au final ce n’est pas le cas… Personnellement, maintenant je suis surprise si les entreprises se disent inclusives et qu’elles le sont vraiment, plutôt que l’inverse.

Solutions pour un marketing plus inclusif

PARLEZ AUX PERSONNES GROSSES ! L’inclusion des personnes grosses, c’est de les voir et qu’elles fassent partie de façon intégrale de la création, de la vente, de la publicité, du marketing de ton produit… Pour vraiment mieux tenir compte des intérêts, des besoins, des désirs des personnes grosses.

Si on veut créer des campagnes, si on veut créer des communications, si on veut créer du marketing qui s’adressent à elles, il faudrait les inclure dans le processus ces personnes-là. C’est à dire de ne pas donner l’impression qu’on devine ce que ces personnes-là veulent, parce que très très très souvent, on se plante ! Donc de se dire : « Okay, de quoi est-ce que vous avez besoin ? »

Il faut bien comprendre aussi que les personnes grosses sont un public, sont un secteur, sont un segment à part entière. Une cible qui mérite qu’on se consacre à elleux d’abord et avant tout. Mais pas seulement de façon déviée en se disant « Oh, on a déjà du XXL, on va juste agrandir un peu », non !
Là si tu veux parler aux personnes grosses, si tu veux lancer un produit ou un service pour les personnes grosses, adresse-toi à elles et inclue-les dans le processus de création. Et pas juste à UNE personne grosse !

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Images d’illustration du compte Instagram d’Edith Bernier – Grossophobie.ca

Il ne faut pas parler et prendre pour acquis une seule personne grosse, une seule personne grosse qui pourrait parler au nom de toutes les personnes grosses. Il faut absolument parler à PLUSIEURS personnes grosses !

Parce qu’on ne parle pas aux personnes « small-fat » comme on parle aux personnes qui veulent du 4XL, au 6XL etc. Et parce qu’elles ont toutes des histoires différentes et que leurs besoins diffèrent : une personne en région a des enjeux différents d’une personne qui habite en ville, le milieu dans lequel cette personne vit là, sa relation avec son corps, sa relation avec la mode, sa perception des autres de son corps, une personne qui est en couple versus une personne qui est célibataire… (Donc oui, il faut qu’elles soient « cute » pareil !) Mais on comprend que son désir quand elles s’achètent des vêtements, c’est pas nécessairement le même besoin.

Donc je pense que c’est important d’aller parler à une variété de personnes grosses, de pas juste aller voir les personnes grosses aussi qui sont socialement acceptables et avec lesquelles on est à l’aise, mais vraiment d’aller ratisser large.

Et oui, c’est beaucoup de travail, mais c’est un travail, un boulot ou un effort, que les gens donnent pour d’autres types d’enjeux, pour d’autres groupes qu’iels veulent aller chercher, mais on dirait que souvent pour les personnes grosses… On y va un peu à la va-vite !

Et je pense que c’est ça aussi qui fait souvent qu’on gratte un peu et qu’on voit que les efforts ne sont pas faits et que l’inclusion est vraiment très très très brouillonne et très partielle…

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Les livres de Edith Bernier

Pour en savoir plus sur la Grossophobie

Si on veut en savoir plus sur la grossophobie, je vous invite d’abord à visiter le site Grossophobie.ca. On est actif aussi sur Facebook et il y a toujours moyen de nous passer un coup de fil pour parler d’inclusion.
Il y a aussi le livre « Grosse, et alors ? Connaître et combattre la grossophobie » qui vient de paraître en France aux éditions Marabout.
Et on a de plus en plus de groupes sur Facebook qui sont bien fournis, et je sais qu’en France il existe différentes organisations comme Gras Politique par exemple.

 

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